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Dialogue. Dialogue.

jeudi 9 octobre 2014 par Elisabeth

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DIALOGUE
La porte s’ouvre. Joëlle sait que Roselyne ne va pas tarder à sortir du travail. Elle l’attend.
Petites bottines martelant le bitume, ensemble pantalon noir, foulard flottant autour du cou, Roselyne marche d’un pas décidé. Joëlle lui fait signe.
- Entre. Viens boire un café
- d’accord. Merci
- tu le veux serré ? Pas trop fort ? J’ai même du déca
- bien serré ; j’aime bien le bon café. C’est bien ces nouvelles cafetières où tu peux faire comme chacun veut sans imposer tes goûts.
- c’est vrai. Je ne veux pas calculer, j’ai peur du résultat. Cela doit revenir plus cher que celui de nos grands-mères.
- moi non plus, je ne veux pas calculer. C’est trop confortable. Je ne voudrais pas retourner aux méthodes anciennes.
- as-tu connu le moulin en bois avec son petit tiroir pour récupérer le café que tu venais de moudre avec une manivelle ?
- tais-toi. Quel cauchemar ! Naturellement, j’ai connu cette corvée. Raison de plus pour apprécier le système avec des capsules.
- et voilà ! C’est prêt. Tu sucres ?
- non merci
- tu es vraiment une pro du café
- on le dit. Hum ! C’est agréable. Au bureau, je leur dis toujours qu’on devrait acheter ça. Il y a du gâchis avec les cafetières familiales. Ce n’est pas au goût de tout le monde, la quantité de buveurs de café est variable, on en jette. Ce n’est pas la solution. Ce qui est bien, c’est chacun sa consommation ; mais il y en a qui vont trouver ça trop cher
- Si la boîte ferme, la question ne se posera pas
- pourquoi tu dis ça ? Tu sais quelque chose ?
- Adrien, en tant que délégué syndical, dit que les négociations n’avancent pas ; que de toutes façons il y a peu d’espoir pour remettre d’aplomb une aussi mauvaise gestion.
- que va t-il se passer alors ?
- les classiques. Les employés peuvent se mettre en coopérative s’ils le souhaitent. Y a t-il une bonne ambiance entre vous ?
- dans l’ensemble, ça va mais il y a des clans. Je ne sens pas l’équipe assez dynamique pour une coopérative. Il faudrait en parler entre nous peut-être. Sais tu s’il y a des propositions concrètes ?
- je ne crois pas. La vente par exemple ? Il n’y a pas d’acquéreur.
- qu’est-ce-qu’ils envisagent alors ?
- le licenciement
- ça fait longtemps que j’y travaille ; je ne serai pas de la première charrette
- pas sûr. Ils ne raisonnent pas comme nous
- je n’ai pas reçu de courrier
- est-ce que quelqu’un en a déjà reçu ? Je ne crois pas. Le courrier n’est pas encore parti. Ça ne saurait tarder
- ils hésitent peut-être encore. Et les syndicats ? Qu’est-ce qu’ils en disent ?
- qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu
- c’est-à-dire pas grand-chose, comme toujours. Les dés sont pipés.
Roselyne se lève. Elle ne sait que penser. Elle s’en doutait mais ne voulait pas voir la réalité en face. Les choses sont dîtes.
- m’as-tu invitée à boire le café pour me dire ça ? Etais-tu mandatée pour m’avertir ?
- non. Je pensais que tu avais compris, tu es au cœur de la situation. Toutefois, il peut y avoir un miracle.
- un miracle ! Vingt cinq ans dans une boîte qui te jette comme un vieux chiffon. Une justice tu veux dire ! Elle chante « et maintenant que vais-je faire ? De tout ce temps que sera ma vie…Elle sourit. Merci pour le café.
Le lendemain, on vit passer Roselyne au volant d’une Audi A4 décapotable.


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