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Le thé des écrivains. Chapitre VI. L'Angoisse. Le thé des écrivains. Chapitre VI. L’Angoisse.

lundi 29 février 2016 par Elisabeth

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De toutes les émotions ressenties par l’Humanité, Elise jugea que c’était l’angoisse qui avait fait évoluer le langage. L’angoisse de se retrouver seul dans un monde inconnu et incompréhensible.
Comme elle avait trouvé son fil conducteur, Elise se mit à écrire tous les jours.
Ecrire au quotidien, cela faisait partie de son travail de critique d’Art ; cependant la situation était différente. Au lieu d’analyser l’œuvre d’un artiste ou expliquer l’esprit
d’une exposition, c’était l’Histoire de l’Humanité qu‘elle voulait expliquer par la peinture.
Charles trouva d’abord le projet ambitieux mais sa femme semblait tellement heureuse et enthousiaste qu’il ne voulut pas la décourager. Elise avait compris les réticences de son mari et cela devint un défi. Elle ne lui parlait pas de l’avancée de son travail. Le soir, lorsqu’ils se retrouvaient, elle menait la conversation pour qu’elle ne tombât jamais sur le sujet. Charles jouait le jeu, il ne posait aucune question bien que l’envie fût grande.
L’actualité avait de quoi meubler les longues soirées passées sur la terrasse aux mille et une senteurs.
Alors qu’elle trouvait que le XXIe siècle n’était pas son siècle, Elise s’était à nouveau mise à espérer des lendemains meilleurs. Elle avait beaucoup attendu de l’élection de François Hollande parce qu’il avait créé un gouvernement de sang neuf. On en avait assez de tous ces affamés du pouvoir qui faisaient régresser les lois sociales obtenues à la force du poing levé, voire par la mort de certains.
Cela ne pouvait pas ressembler à 1981, la situation n’était pas la même, mais plus d’égalité et de justice, cela pouvait redonner du courage.
Pendant la campagne présidentielle, il avait dit que l’ennemi ce n’était pas la droite mais la finance. Sauf que la finance, elle est à droite. Il n’avait pas mesuré la force des actionnaires du CAC 40.
La mort de Pierre Maurois. Nostalgie. Espoirs enfouis. Déceptions.
Cependant Elise voulait encore croire en ces nouveaux politiciens inexpérimentés et maladroits.
Lorsqu’ils recevaient des amis les verbes s’entrecroisaient comme des épées. Chacun avait son chevalier, son champion.
Elise pensait que Hollande était intelligent, intègre, sincère dans ses volontés de lutte contre les privilèges ; cependant il était mal conseillé ; le sang neuf, mal ou peu expérimenté, n’était pas un bon appui.
Il n’avait pas bien choisi au niveau des urgences. Sans doute avait il cru faire monter sa côte avec le mariage pour tous, en fait elle avait baissé, les vieilles haines « raciales » avaient ressurgi.
Il y avait trop de chômage pour qu’une loi qui ne concernait que quelques-uns pût être populaire.
La presse, encore à la botte de dirigeants capitalistes jouait un rôle lamentable auprès de l’équipe gouvernementale.
On descendait dans la rue pour montrer le rejet de la loi sur le mariage pour tous et les journalistes filmaient sur toutes les coutures. On c’étaient des catholiques intégristes, des catholiques conservateurs, des homophobes, des skin heads…Quand une usine fermait parce qu’il valait mieux licencier cinq cents personnes à petit salaire que baisser les dividendes des actionnaires, les journalistes ne s’étendaient pas sur les grèves des ouvriers et dans la rue on ne croisait personne qui les eût soutenus.
C’était comme si tout avait été orchestré. On laissait gagner la gauche pour qu’elle portât le chapeau des licenciements abusifs. On lui montrait ainsi qui était le plus fort : ceux qui ont l’argent ou ceux qui disent qu’ils vont refaire une nuit du 4 août et abolir les privilèges.
La presse cherchait à salir Hollande comme elle avait sali Bérégovoy et avant lui Mendès-France.
On n’analysait pas les erreurs commises. L’Union Européenne avait été construite sur du sable mouvant et aucun dirigeant ne voulait le reconnaître. Des peuples, dont la France, avaient voté contre la Constitution et au lieu de comprendre leur opposition, on avait fait comme s’ils avaient accepté.
Le jour du vote, Elisa avait été fière de la France.
Les nouvelles du monde présentaient comme un fait divers les Syriens assassinés par leur propre président, les exactions des armées au Congo, les conditions de travail en Chine, en Indes, au Pakistan pour les bénéfices de grandes marques mondiales.
La télé-réalité envahissait les écrans : des histoires sans intérêt jouées par des gens qui ne maitrisaient pas le français et dont le niveau de réflexion n’avait pas dépassé la pré-adolescence.

Après toutes ces vaines discussions, Elise se couchait en détestant davantage ce siècle où elle devait vivre contre son gré. Le siècle de la destruction.


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