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Une terrible beauté est née Une terrible beauté est née

dimanche 27 avril 2014 par Elisabeth

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Maria Vitoria boit rapidement sa tasse de maté et court jusqu’à l’arrêt d’autobus. Il faut une heure pour atteindre la boutique où elle travaille.
Pas de place assise. Elle reste debout comme elle restera debout toute la journée pour servir des clientes riches et capricieuses.
Le soir, elle reprend ce long trajet afin de regagner Rocinha la plus grande favela de Rio.
Elle traverse une partie de la ville mais elle ne voit rien. Elle rêve. Comme Perrette, elle calcule ce qu’elle pourra mettre de côté ce mois-ci, ce qu’elle pourra acheter dans trois mois pour améliorer le confort de son petit deux pièces, surtout le canapé rouge brique identique à celui de Madame Gouveia, personnage de sa « Novela » favorite qu’elle regarde tous les soirs avec son mari et sa soeur.
Daena, sa voisine, comme beaucoup d’autres femmes, attend elle aussi l’heure de l’évasion avec la richissime famille Gouveia.
A l’opposé de la somptueuse demeure où elles vivent par procuration, Daena et Maria Vitoria doivent partager la salle de bains. Un lieu d’échange, quelques mots, quelques rires, quelques services.
Ce matin, Rafaele qui habite en face, leur apprend qu’une journaliste doit venir pour les interviewer. Le monde entier va connaitre nos difficultés, notre combat au quotidien, notre volonté, notre force.
Maria Vitoria ne peut pas rester pour la rencontre ; elle doit aller travailler sinon elle perdra son emploi et le beau canapé rouge brique de ses rêves.
Elle se dirige vers l’autobus avec beaucoup de regret ; elle aurait voulu témoigner elle aussi.
La journaliste arrive. Effervescence à la favela ! Elle va de maison en maison, questionne.
Combien de personnes vivent là ? Elle s’étonne de ne pas voir une ribambelle de gamins. On est au XXIe siècle s’esclaffe Rafaele. Six enfants ? Vous êtes tombée sur la tête ou quoi ?
Le lendemain matin, Maria Vitoria découvre que les murs de la favela sont tapissés de leur visage. Une terrible beauté est née. Une gigantesque beauté qui leur ressemble.

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